"No strong coffee, only weak people"

Publié le par François Bernard

 

 

Au revoir île adorée...

 


 

Je me suis assis sur le ponton. Une délicate vapeur s'élève de la tasse que je serre dans mes mains. Pas une ride sur le plan d'eau, pas un souffle d'air dans les arbres, même les oiseaux semblent au repos, tandis que je termine de me réveiller dans le silence de ce dimanche matin. C'est mon dernier café sur Read Island, après deux mois dans ce qui ressemble à ma plus proche définition du paradis.

 

Deux mois presque coupé du monde, deux mois à arpenter tous les jours les chemins de broussaille, deux mois à travailler la terre et le bois, deux mois passés en la compagnie de gens formidablement simples

et généreux. Que le temps passe vite...

 

La dernière semaine de mon séjour dans les Discovery Islands a été au delà de tout ce que je pouvais espérer quand je suis arrivé. Pour me remercier de mes bons et loyaux services, Lannie et Ralph m'ont offert leur plus beau et long périple en Kayak, une semaine passée à naviguer dans des paysages grandioses, parmi les plus beaux et impressionnants qu'il m'aie été donner d'admirer dans ma vie de voyageur.

 

Parti de Read Island, les kayaks remplis de matériel et de vivres pour la semaine, nous avons pagayé jusqu'à la destination finale de cette expedition, la côte continentale et l'un de ses fjords les plus spectaculaires, le Toba Inlet.


 

 

What else ?

 

 

C'est à l'occasion de ces expéditions de plusieurs jours que le kayak prend toute sa dimension. Il permet d'emporter davantage de matériel et de vivres qu'un sac à dos, d'atteindre des lieux inaccessibles par voie terrestre et d'approcher la faune sauvage plus près que n'importe quel autre bateau. Cette expédition nous permit d'observer de nombreux phoques, dauphins, aigles, oiseaux marins, et must du must, un magnifique ours brun, qui se baladait tranquillement sur une plage de galets sans que notre présence ne semblât le déranger plus que ça. Pour toute l'équipe, ce fut un moment très spécial, car les ours sont rarement observables aussi tôt dans la saison.

 

Chaque soir nous installions le camp sur une plage différente, partagions un bon repas et quelques moments de franche rigolade, avant de tomber de sommeil, bercés par le vent dans les arbres et veillés par la présence rassurante de la lune et des étoiles. Le matin, nous nous réveillions à l'aube et déjeunions en regardant le soleil se lever, serrés les uns contres les autres, appréciant en silence ce contact intime et privilégié avec la Nature, tandis que le café noir nous aidait à remettre la machine en route.

 

Chaque étape révélait un peu plus la beauté de cet archipel et nous rapprochait de la côte et de ses sommets. Située sur une zone d'affrontement entre les plaques continentales et océaniques, la chaine de montagne de la zone côtière de la Colombie britannique se prolonge jusqu'en Alaska. De nombreux sommets excèdent les 3000 mètres d'altitude et à cet endroit particulier de la côte continentale, les montagnes plongent dans l'océan, créant ces fjords particulièrement spectaculaires. Dans la profondeur des fjords, la nature devient intimidante et la navigation devient hasardeuse, chaque inlet générant son propre système climatique et des vents pouvant dépasser les 300 km/h.



 

Vue du dernier campement, au fond du fjord.

 

 


Le dernier campement était situé sur une petite île d'à peine 200 mètres carrés et seul espace vraiment accessible et du fjord. Nous étions encerclés par les montagnes et leurs sommets encore enneigés, admirant le paysage changer au fil des heures et de la course du soleil. La nuit fut encore plus spectaculaire car nous fûmes tous réveillés par la pleine lune, qui inondait les parois rocheuses et la surface de l'eau de sa lumière aveuglante.

 

C'est la tête et le coeur remplis de ces émotions que nous quitâmes notre campement, tous conscients d'avoir contemplé l'un des plus beaux endroits de notre planète. Je suis particulièrement heureux d'avoir eu cette opportunité et je ne remercierai jamais assez ces gens qui m'ont accueillis, nourris et instruits de la plus belle manière, en m'offrant de partager ces années d'exploration et d'expérience dans la préparation et la conduite de ces expéditions.


 


Petite lune, nous avons allumé le feu pour que tu n'aies pas trop froid...

 


 

 

Je ressort de ce sejour conforté dans mes convictions et dans ma volonté d'oeuvrer pour une relation respectueuse entre l'homme et son environnement, qu'il n'est pas seul à occuper, mais dont il dispose avec parfois beaucoup de brutalité et d'inconscience. Tout au long de ce périple, nous avons été témoin des conséquences de l'intervention humaine, nottament le résultat du "travail" des compagnies forrestières, qui laissent derrière elles des pans entiers de montagne véritablement rasée à blanc et livrée à l'érosion intense des tempêtes hivernales. Malgré l'abondante végétation qui la recouvre, la forêt est un écosystème fragîle, car se développant sur un sol très pauvre en azote. La repousse est lente et souvent désordonnée, les débris sont rarement nettoyés, laissant de grandes quantités de bois sec à la merci d'un incendie. Par ailleurs, et pour faciliter la repousse de certaines espèces, ces compagnies utilisent en toute discretion des

pesticides pour neutraliser les rejets des souches des arbres abattus. Ces produits hautement toxiques sont ensuite dispersés par les pluies, contaminant les sols, l'océan et toute la chaine alimentaire...

 

D'autres projets encore plus néfastes dorment dans les cartons des compagnies hydro-électriques. Chaque rivière ou torrent est désormais l'objet de la convoitise de ces compagnies, qui profitent d'un mouvement de dérégulation et d'ouverture du marché de l'énergie. A terme, et après une période de vente obligatoire à la compagnie provinciale, il s'agit de vendre l'électricité selon les lois du marché, et très probablement au gourmand voisin américain, qui profitera des accords de libre-échange pour contraindre les compagnies

canadiennes à continuer à lui vendre électricité et eau potable, unefois le premier contrat signé.

 

Comme en Europe, les accords de libre-échange d'inspiration ultra-libérale, l'action souterraine des lobbies de l'énergie et l'apathie d'une population urbaine coupée depuis trop longtemps des espaces naturels, se combinent pour organiser le saccage et l'exploitation inconsidérée de ces espaces au combien fragîles. Les

habitants de ces îles, qui souvent oeuvrent seuls pour préserver ces espaces, en seront les premières victimes collatérales. Qui voudrapayer pour pagayer au milieu des barrages et des lignes à haute

tension ?

 

Dernier détail, et non des moindres, Le torrent qui alimente la propriété de Lannie et Ralph en eau potable est sur le point de s'arrêter, pour la deuxième fois en trois ans, et pour la première fois aussi tôt dans la saison, conséquemment à d'inhabituelles sécheresses. Mais peut importe, tant que les millions d'urbains que nous sommes peuvent gaspiller une ressource sans même savoir d'où elle provient. Pour combien de temps ?

 

Malgré tout, je ne perd pas espoir, en essayant de vivre dans ma réalité et dans mon présent, entouré des gens qui me donnent le meilleur d'eux-mêmes. Le reste n'est que choix et conscience personnels...

 

Me voilà donc sur le départ, rassemblant mes affaires, et me préparant à affronter la suite, qui commencera dès demain par 24 heures de trajet, de Read Island jusqu'à Nelson, tout à fait à l'opposé et aux pieds des montagnes rocheuses. Je part rejoindre Oscar Somasco, un agronome argentin qui anime une CSA (community supported agriculture) sur sa ferme. Il s'agit d'un projet associatif qui permet aux familles participantes de partager un bout de terre, de la travailler ensemble et de se nourrir en échange du travail accompli. 

 

Je vous tiendrai bien évidemment informés des prochaines pérégrinations du "crazy frenchman". Je remercie toutes celles et ceux qui ont la gentillesse de prendre un peu de leur temps et de leur coeur pour me répondre, à chaque fois c'est un intense moment de bonheur.

 

- Love -

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Publié dans Read Island

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R
Salut François !<br /> Juste pour te dire que ton blog est fascinant , les clichés photographiques sont magnifiques de surcroît . <br /> J'admire ton courage d'être parti la bas seul pendant autant de temps .<br /> Je suis à Québec en tant qu'étudiant et partir rejoindre une amie à Vancouver seul , le temps d'une seule la bas en l'attendant a été un vrai supplice pour moi .. <br /> Encore BRAVO ! <br /> C'est ça la vraie vie à mon sens ... (ou à vivre une fois dans sa vie en tout cas .)<br /> <br /> Bye Bonne Continuation ...<br /> Ronald <br /> <br /> PS: si tu songes à me répondre tu peux m'écrire à l'adresse que j'ai mis dans ton formulaire de commentaire .
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